Pièces sur textes

Editions héros-limite, 2009

 

Pièces sur textes trouve son origine dans une série de trois compositions, Save our Ship, 17 et The Languages Came First. The Country After., dont chaque partition est un texte. Le statut de ces textes n’a pourtant que très peu à voir avec une partition traditionnelle puisqu’autant la réalisation musicale et sonore que les textes eux-mêmes sont quant à leur matérialité respective dans un rapport de complète autonomie et donnent plutôt à observer un phénomène de résonance expressive issu précisément de cette relation entre leurs matières constitutives.

 

Le livre s’est avéré être le lieu le plus adéquat pour exploiter au mieux la réalité spatiale de la poésie et du son : lire et percevoir dans un même geste, à travers l’organisation, textuelle, la structure  de la musique et l’espace de la page.

Et si le texte est à la fois un élément de la structure du livre et la structure de la musique, il n’est en lui-même ni « le pivot ni la clef de voûte » du livre : c’est dans la relation entre ces trois différents espaces, celui du livre, celui du texte et celui du son, que se situe l’enjeu de Pièces sur textes.

Si comme l’affirme Ulises Carrión « l’espace est la musique de la poésie écrite », la forme d’expression la plus appropriée à ce projet sonore et textuel paraît passer par la matière même du livre, par sa qualité à la fois spatiale et temporelle. C’est dans cet espace que la matérialité du texte et la dimension de la durée du son peuvent coexister.

[the languages came first. the country after. au festival pli, france, avec anne-laure pigache, jacques demierre, anouck genthon]

 

The Languages Came First.The Country After.

Anne Cardinaud, Vincent Barras, Jacques Demierre, voix

1 CD d’une durée de 70:00 et un livret de 160 p.

Une voix de femme et deux voix d’homme énoncent, en une longue série de constellations verbales, quelques mots tirés de l’univers elfique de J. R. R. Tolkien. Avec The Languages Came First. The Country after., fragment trouvé d’un dictionnaire d’une langue inconnue, la perception bascule vers un temps suspendu. Les solos, les unissons et les polyphonies transforment imperceptiblement le texte en un monde où pures sonorités et significations semblent vouloir échanger leur rôle.

the languages came first.the country after.

par jacques demierre | pièces sur textes

 

17

Laurent Estoppey, saxophone, objets ; Anne Gillot, flûtes à bec, objets

1 CD d’une durée de 41:15 et un livret de 48 p.

A travers un travail de réduction et de distillation, les mots utilisés – issus de Play, une partition verbale de Christian Wolff – s’organisent sur l’espace de la page. Ils orchestrent la matière sonore du saxophone et de la flûte, et laissent entrevoir les relations possibles entre son et sens, entre matière sonore et graphie. La question posée est celle de la possibilité et du paradoxe d’écrire pour l’improvisation : ni les compositeurs ni les improvisateurs ne semblant finalement avoir besoin les uns des autres.

Save Our Ship

Christian Kesten, voix ; Isabelle Duthoit, clarinette

1 CD d’une durée de 67:25 et un livret de 80 p.

Save Our Ship doit en partie son origine et sa spécificité à d’anciens exercices visant à maîtriser progressivement le système de télégraphie manuelle morse. Traversée par une contrainte respiratoire, la voix explore le champ graphique ouvert au son buccal par la logique des points et des lignes. La clarinette traduit instrumentalement une version vocale informatique cachée à l’auditeur. Comme à l’occasion de conditions exécrables de communication, on peut alors observer la force du mouvement des phénomènes de conservation et de transmission du son et du sens.

heiss

par jacques demierre | save our ship_pièces sur textes