Conférence pour voix et instruments: 

Des Indes à la planète Mars (d’après Théodore Flournoy)

Vincent Barras, conférence

Jacques Demierre , composition, harmonium indien à soufflet manuel

Xavier Marchand, mise en scène, appariteur

Dorothea Schürch, voix et scie musicale

Thierry Simonot, régie sonore

Nicolas Sordet , live electronics

[Festival Les Amplitudes, 2009]

Genève, fin du dix-neuvième siècle, un médecin philosophe genevois, Théodore Flournoy, professeur de psychologie à l’Université de Genève, étudie le cas de Hélène Smith, médium aux dons exceptionnels (née Catherine-Élise Müller, valaisanne d’origine), qui parle en différentes langues, certaines connues, comme le sanscrit, d’autres un peu moins, comme le martien, l’ultramartien ou encore l’uranien.

Étonnantes séances, où, dans cette ville encore profondément marquée par la tradition calviniste, Théodore Flournoy trouve en Ferdinand de Saussure, le père de la linguistique moderne, un collaborateur qui accepte lui aussi d’étudier avec une attention toute scientifique des phénomènes relevant du spiritisme et de l’occultisme.

C’est donc dans cette Genève dominée par les vieilles familles patriciennes que se développe, paradoxalement, une recherche – rejetée d’ailleurs par une partie de la communauté scientifique de l’époque – où se mêlent à la fois une grande rigueur méthodologique, une liberté d’écoute et une chaleur humaine assez remarquables. Suite à ce travail paraît en 1900 le fameux livre de Flournoy intitulé Des Indes à la planète Mars.

Genève, fin du vingtième siècle, au tournant du siècle suivant, un chercheur, historien de la médecine, Vincent Barras, valaisan d’origine et vivant à Genève, consacre un cours à l’Université de Lausanne à Théodore Flournoy, et développe, élargit, enrichit les intuitions et conclusions du psychologue genevois à travers l’étude de la glossolalie chez les pentecôtistes, les spirites, les possédés, les schizophrènes, les enfants, ou encore les poètes.

Ces filiations souterraines, ces hasards qui n’en sont pas, cette aventure de l’esprit, cette ouverture qui naît aussi de la pensée scientifique et de sa rigueur, ont donné naissance à une performance s’articulant autour d’un point central: une conférence donnée par un historien de la médecine sur le cas Hélène Smith.

Le mouvement intérieur de cette femme est particulièrement intéressant. Elle se déplace aussi bien dans l’espace (la planète Mars) que dans le temps (les Indes au XVème siècle, du temps du sanscrit). Ces déplacements, ces mouvements historiques et géographiques qui engendrent du sens sans avoir recours à la mobilité physique représente  une réalisation peu banale du phénomène de la migration.

Plus précisément: grâce à l’introduction d’une ou plusieurs gouttes de migration  très concentrées durant le cours de la communication – le conférencier est entouré d’une femme et de trois hommes -, le personnage Hélène Smith va devenir la métaphore de la représentation possible d’un processus migratoire en action: la séance/conférence entrera en mouvement au travers de tous ses éléments annexes ou apparemment peu importants. Ce sont eux qui peu à peu transformeront le sens même du lieu de l’action et de ce qui s’y dit. [Création: Belluard Bollwerk Festival, 1996]