Air comprimé et autres airs

version pour piano, ballons et dispositif électronique (2006)

Conçue en collaboration avec le plasticien Philippe Deléglise, Air comprimé et autres airs est une suite de 3 pièces indépendantes, originellement pour piano, peinture et ballons, puis développée en version avec électronique et diffusion sonore  (avec Thierry Simonot).

Tout au long de chacune des pièces se manifeste, tendu entre le visuel et le sonore, dans ses dimensions acoustiques et électroniques, un lien d’ordre essentiellement dynamique et organique, qui ne prend son sens que dans l’instant même de la performance.

C’est une musique à voir.

Tout en prenant en charge certains paramètres sonores, le visuel les filtre selon divers critères, qui vont de la résistance des matériaux à la mécanique en passant par la physique. 

Comme ces critères ne sont pas entièrement maîtrisables par le pianiste et son collaborateur, il en résulte une tension particulière, un état d’éveil presque dramatique qui éclaire la source même de l’oeuvre.

Si le facteur temps est globalement pris en charge par la situation visuelle, son intégration n’est pourtant pas le seul transfert de paramètre du visuel au sonore, (ou vice-versa):  dans la pièce #1, par exemple, la densité, l’intensité et la durée des événements sonores, le timbre instrumental, la gestion des hauteurs, la réponse électronique au tracé vertical de l’espace, sont autant de paramètres qui dépendent de l’interaction entre le  jeu du pianiste et la disposition des ballons accrochés aux cordes: le geste musical du pianiste tend à libérer ces derniers qui, en s’envolant, constituent à leur tour une sorte de partition sonore aléatoire pour le collaborateur au dispositif électronique.

Pièce #1:

La pièce #1 voit 88 petits ballons colorés et gonflés à l’hélium attachés chacun à un fil au bout duquel se trouve accroché un hameçon: les ballons garnissant chacun une corde du piano.

Par son jeu le pianiste tente de libérer les petits ballons en mettant en vibration les cordes du piano: plus il y a de ballons libérés, plus son jeu se limite aux cordes entravées. En s’envolant les ballons prolongent le geste instrumental et tracent un espace dont les caractéristiques vont articuler, à travers l’emploi d’un système de détection, la projection dans la salle du son de l’hélium traité électroniquement. 

Si tous les ballons n’ont pas été libérés, le pianiste tente au cours d’une brève coda de terminer sa partie. S’il n’y parvient pas un collaborateur peut l’aider en lui présentant un outil adéquat.

Pièce #2:

La pièce #2 commence lorsque le pianiste entame le processus de gonflage d’un gros ballon d’un diamètre de 1 mètre 20 fixé au robinet d’une bouteille d’air comprimé. Des microphones placés sur le manomètre et près du robinet de sortie permettent d’entendre le son de l’air comprimé, à la fois pur et retravaillé électroniquement. La pièce s’arrête lorsque le ballon explose, interrompant net le jeu du pianiste et de son collaborateur, ou se terminant en un fondu au silence.

Pièce #3:

La pièce #3 met en scène un piano droit monté sur roulettes: le siège du pianiste l’est également. Le pianiste joue exclusivement sur les touches qui, corporellement, lui font directement face. Au cours de la pièce, le collaborateur pousse alternativement le piano et le pianiste assis sur son siège: ce mouvement se fait de jardin à cour, contraignant ainsi le pianiste à une migration sonore.