(é-tran-jé, jê-r’) adj.

jacques demierre, voix et épinette

Invité à intervenir tel un feu follet sonore dans la pièce durst&frucht d’Annette Schmucki, c’est la question de l’étranger, du corps étranger, qui s’est progressivement et davantage imposée à moi. Est-ce que j’allais être un corps sans lien avec le monde de la compositrice, qui de l’extérieur viendrait envahir un autre corps, celui de sa composition ? Comment sans connaître les coutumes de cet autre pays sonore pourrais-je ne pas potentiellement le détruire ? Comment co-exister, partager temps et espace sans mettre en péril un organisme musical et sonore déjà constitué et se suffisant à lui-même ? 

Sans attendre des réponses satisfaisantes à ces questions initiales, je me suis également dit que questionner la présence d’un corps à la fois sonore et étranger, c’était aussi poser la question de comment articuler un corps plus large, à la dimension plus grande, fondé sur un espace sonore qui serait occupé collectivement. 

L’étranger que je suis dans ce projet, ce corps étranger résonnant, allait-il être condamné à être complètement assimilé, intégré au corps sonore principal, réduit à se mouler dans de l’identique ? Ou allait-il pouvoir garder sa singularité d’étranger grâce à la mise en oeuvre de stratégies d’équilibre avec les corps avoisinants ? 

Réponses sur scène, où l’enjeu de ces corps, étrangers les uns aux autres mais réunis dans un même temps et espace, résidera dans la possibilité de leurs articulations respectives et les termes « s’ouvrir » et
« s’inclure » s’affirmeront sans doute comme des conditions de vie du tout. (JD) 

irrlicht 8 Jacques Demierre in «durst&frucht»

Elf Uraufführungen, teils klein und flüchtig, teils laut und verwirrend, nisten sich wie ein Irrlicht in sämtliche Programme des Festivals ein. Das Musikfestival Bern hat an Performer,

Improvisator*innen und Komponist*innen aus der Schweiz und dem Ausland Aufträge vergeben, die nun durch die Programme irrlichtern, diese bald stören, bald hinterfragen und

sich konzeptuell, klanglich oder auch inhaltlich einmischen. Die Neukompositionen spielen musikalisch mit Franz Schuberts Lied «Irrlicht» aus dem Zyklus «Winterreise» (1827) oder

sind inspiriert vom Liedtext von Wilhelm Müller.